Découvrez deux séries récentes de vidéos de formation réalisées par les CEMEA avec Philippe Meirieu. Saison 1 : www.cemea-video.fr/serie/vous-avez-dit-4289 — Saison 2 : www.cemea-video.fr/season/saison-2-3880
« Philippe Meirieu n’est pas à l’origine de cette chaîne et ne l’administre pas. Il n’est impliqué ni dans le choix des vidéos, ni dans leur découpage, montage et habillage. Il souligne que certains propos sortis de leur contexte peuvent donner lieu à des malentendus. Il décline toute responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait de ces vidéos et précise que seuls les documents présents sur son site (www.meirieu.com) peuvent être considérés comme témoignant de sa pensée et de ses engagements. »
Si un ayant droit estime qu’un contenu ne devrait pas figurer ici, il est invité à nous contacter afin que le contenu concerné soit examiné et, le cas échéant, retiré rapidement. francophonepedagogie@gmail.com
Philippe Meirieu
Philippe Meirieu : faut-il simplement interdire les réseaux sociaux aux adolescents ?
Face aux dangers des écrans, le débat public se concentre souvent sur les interdictions et les sanctions. Philippe Meirieu nous invite à poser une autre question : que font les grandes plateformes numériques des adolescents, de leur attention, de leurs émotions et de leurs données personnelles ?
Cela ne signifie pas qu’il faille supprimer toute limite. Les interdits peuvent protéger, mais ils doivent être expliqués et accompagnés. Sans dialogue ni alternatives, ils risquent surtout d’encourager les jeunes à contourner les règles et à dissimuler leurs pratiques.
Meirieu propose donc de parier sur l’intelligence des adolescents. Pourquoi exposent-ils leur vie privée en ligne ? Que cherchent-ils dans le regard des autres ? Quels espaces leur offrons-nous pour se rencontrer, s’exprimer et construire leur identité ailleurs que sur les plateformes ?
L’éducation peut les aider à réfléchir à ces questions. Le texte évoque notamment les « microfictions » : de courtes histoires qui permettent d’imaginer des situations, de discuter des choix possibles et de leurs conséquences. Des ateliers de philosophie, une réflexion sur les stéréotypes et une découverte du modèle économique des réseaux sociaux peuvent aussi développer leur esprit critique.
Pour Meirieu, protéger les adolescents ne consiste donc pas seulement à leur dire « non ». C’est aussi leur donner les moyens de comprendre le monde numérique et d’y agir avec davantage de liberté et de discernement.
💬 Selon vous, quelle place faut-il donner à l’interdiction et à l’éducation face aux réseaux sociaux ?
Résumé de la préface de Philippe Meirieu à « Adolescences et vie privée dans les mondes numériques »
www.meirieu.com/PREFACES/Papiers_Jehel_Adolescence…
2 days ago | [YT] | 30
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Philippe Meirieu
🎓 Voulons-nous encore vraiment éduquer nos enfants ?
Pour Philippe Meirieu, les résultats de PISA ne doivent pas être ignorés… mais ils ne disent pas tout de l’éducation.
Une école ne peut pas être jugée uniquement à travers des chiffres et des classements. Éduquer, c’est aussi apprendre à lire, penser, dialoguer, créer, vivre ensemble et devenir citoyen.
Mais peut-on réellement faire de l’éducation une priorité lorsque :
🔹 les enseignants manquent de reconnaissance et de formation ;
🔹 les réformes se succèdent sans toujours être évaluées ;
🔹 les inégalités scolaires restent fortes ;
🔹 on imagine parfois que l’intelligence artificielle pourrait remplacer les professeurs ;
🔹 et que l’investissement consacré à l’éducation reste insuffisant ?
La question posée par Philippe Meirieu est finalement simple mais essentielle :
👉 Sommes-nous encore prêts à investir réellement dans l’éducation de nos enfants — financièrement, humainement et collectivement ?
Car préparer l’avenir ne consiste pas seulement à améliorer des résultats scolaires. Il faut aussi offrir aux enfants une école exigeante, accueillante et capable de les préparer au monde de demain.
📚 Tribune de Philippe Meirieu publiée dans La Croix.
🔗 Article original :
www.la-croix.com/a-vif/philippe-meirieu-voulons-no…
#PhilippeMeirieu #Éducation #École #Enseignants #Pédagogie #PISA #IntelligenceArtificielle
2 weeks ago (edited) | [YT] | 48
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Philippe Meirieu
Philippe Meirieu : l’école doit apprendre à penser, pas seulement à réussir PISA
Pour Philippe Meirieu, l’éducation doit plus que jamais former des citoyens libres, capables de penser par eux-mêmes, dans un monde marqué par les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, la publicité et les slogans.
Il reconnaît la baisse préoccupante du niveau scolaire, notamment à l’écrit, mais rappelle que PISA ne peut pas résumer à lui seul la qualité de l’éducation. Une école ne doit pas seulement apprendre à lire, écrire et compter : elle doit aussi développer la réflexion, la culture, la coopération et la citoyenneté.
Meirieu insiste également sur le malaise profond des enseignants. Selon lui, ils ont besoin d’une véritable reconnaissance, à la fois financière et symbolique, ainsi que d’une formation continue et d’une plus grande confiance dans leur expertise pédagogique.
Pour améliorer réellement le niveau des élèves, il ne suffit donc pas de rendre les examens plus difficiles ou de renforcer la sélection : c’est d’abord la qualité de l’enseignement qu’il faut renforcer.
Face aux transformations numériques et aux inquiétudes sur l’avenir, Philippe Meirieu défend ainsi une école émancipatrice : une école qui donne aux élèves les moyens de comprendre le monde plutôt que de simplement suivre les slogans.
#PhilippeMeirieu #Education #Ecole #PISA #Enseignants #Pédagogie #IntelligenceArtificielle
2 weeks ago | [YT] | 68
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Philippe Meirieu
📌 **Philippe Meirieu : le numérique transforme-t-il notre façon d’apprendre et de penser ?
Pour Philippe Meirieu, le numérique n’est plus seulement un outil : il est devenu une véritable culture, qui transforme notre rapport au monde, au savoir, aux autres et à nous-mêmes.
L’école ne peut donc ni le diaboliser ni le considérer comme une solution miracle. Elle doit apprendre aux élèves à en faire un usage véritablement citoyen.
Cela suppose d’abord d’apprendre à différer l’action : ne pas réagir immédiatement à une pulsion, un message ou une émotion, mais laisser une place à la pensée, au jugement et au dialogue. Dans un univers numérique fondé sur la rapidité et l’immédiateté, apprendre à dire « pas tout de suite » devient un acte éducatif essentiel.
Il faut également apprendre à symboliser, à construire du sens et des récits, mais aussi à distinguer le savoir de la croyance. Une information trouvée sur Internet ne devient pas automatiquement un savoir : elle doit être confrontée, vérifiée, comprise et mise en perspective.
Pour Meirieu, l’enjeu est donc clair : l’éducation doit permettre aux jeunes de ne pas simplement consommer le numérique, mais de développer leur pensée, leur esprit critique et leur capacité à devenir des citoyens responsables.
#PhilippeMeirieu #Pédagogie #Éducation #Numérique #École
2 weeks ago | [YT] | 25
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Philippe Meirieu
-L’apport de Philippe Meirieu à la transformation de la pédagogie et des processus d’apprentissage-
Philippe Meirieu occupe une place centrale dans le champ des sciences de l’éducation contemporaines. Pédagogue, chercheur et théoricien français, il a profondément renouvelé la réflexion sur l’acte d’enseigner et sur les conditions de l’apprentissage, en s’opposant à une conception strictement transmissive de l’école. À travers ses travaux, Meirieu a contribué à replacer l’élève au cœur du processus éducatif, tout en réaffirmant la responsabilité éthique et professionnelle de l’enseignant.
Dans des ouvrages majeurs tels que Apprendre… oui, mais comment ? (1987) et L’école, mode d’emploi (1985), Meirieu développe l’idée que l’apprentissage ne peut être réduit à la simple accumulation de savoirs. Il insiste sur la nécessité de comprendre les mécanismes cognitifs, affectifs et sociaux qui permettent à un élève de s’approprier réellement les connaissances. Selon lui, apprendre suppose une activité intellectuelle authentique, dans laquelle l’élève est confronté à des problèmes, des obstacles et des situations de recherche qui donnent sens aux savoirs scolaires.
L’une des contributions majeures de Meirieu réside dans sa conceptualisation de la pédagogie différenciée, qu’il développe notamment dans Différencier la pédagogie (1996). Il y affirme que l’égalité ne consiste pas à proposer la même chose à tous, mais à offrir à chaque élève les conditions lui permettant d’apprendre. Cette approche rompt avec l’uniformité pédagogique traditionnelle et reconnaît la diversité des rythmes, des besoins et des stratégies d’apprentissage. Ainsi, Meirieu propose des dispositifs pédagogiques flexibles, capables de concilier exigences communes et parcours individualisés.
Par ailleurs, dans Le choix d’éduquer (1991), Philippe Meirieu aborde la dimension éthique de l’acte éducatif. Il soutient que l’éducation est fondamentalement un pari sur l’éducabilité de tous les élèves, y compris ceux en difficulté. L’enseignant n’est pas un simple transmetteur de contenus, mais un médiateur qui crée les conditions permettant à l’élève de devenir sujet de ses apprentissages. Cette vision humaniste s’oppose aux logiques de sélection et d’exclusion, et défend une école démocratique, soucieuse de justice sociale.
Enfin, Meirieu a largement contribué à la réflexion sur la pédagogie du projet et les dispositifs coopératifs, en soulignant leur potentiel pour développer l’autonomie, la responsabilité et l’engagement des élèves. Sans idéaliser ces pratiques, il en souligne les limites et rappelle la nécessité d’un cadre structurant, garant de la transmission des savoirs fondamentaux. Cette position équilibrée témoigne de son refus des pédagogies « clé en main » et de son attachement à une pédagogie réfléchie, fondée sur la recherche et l’analyse critique.
En définitive, Philippe Meirieu a révolutionné la pédagogie en proposant une conception exigeante et profondément humaine de l’apprentissage. En articulant rigueur intellectuelle, souci de l’élève et responsabilité de l’enseignant, ses travaux continuent d’influencer durablement les pratiques éducatives et les politiques scolaires, en rappelant que l’acte d’enseigner est avant tout un engagement au service de la formation de l’être humain.
Edu360
3 weeks ago | [YT] | 66
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Philippe Meirieu
À découvrir : la saison 2 de « Vous avez dit ? », une série de formation produite par les CEMEA, réalisée par Alexandre Agnès-Rétaux, avec Philippe Meirieu.
Chaque épisode part d’un mot essentiel de l’éducation pour en éclairer le sens, les origines, les enjeux et les implications.
La saison 2 comprend 6 épisodes :
Vous avez dit Enfance ?
Vous avez dit Responsabilité ?
Vous avez dit Sanction ?
Vous avez dit Évaluation ?
Vous avez dit Rituel ?
Vous avez dit Autorité ?
Une nouvelle saison destinée à nourrir la réflexion et la formation de tous les acteurs de l’éducation.
Voir la saison 2 :
www.cemea-video.fr/season/saison-2-3880
1 month ago | [YT] | 26
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Philippe Meirieu
À découvrir : « Vous avez dit ? », une série de formation produite par les CEMEA, réalisée par Alexandre Agnès-Rétaux, avec Philippe Meirieu. Chaque épisode part d’un mot essentiel de l’éducation pour en éclairer le sens, les origines, les enjeux et les implications.
La saison 1 comprend 12 épisodes :
Vous avez dit Pédagogie ?
Vous avez dit Éducation ?
Vous avez dit Éducabilité ?
Vous avez dit Apprendre ?
Vous avez dit Méthodes actives ?
Vous avez dit Compétence ?
Vous avez dit Coopération ?
Vous avez dit Pédagogie différenciée ?
Vous avez dit Animation ?
Vous avez dit Désir ?
Vous avez dit Théâtre ?
Vous avez dit Alternance ?
Une série destinée à nourrir la réflexion et la formation de tous les acteurs de l’éducation.
Voir la saison 1 :
www.cemea-video.fr/serie/vous-avez-dit-4289
1 month ago | [YT] | 28
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Philippe Meirieu
"Il faut lire, discuter, bricoler" conseille Philippe Meirieu pour les vacances des enfants
FRANCE INTER : Quel est l'état des enfants et des jeunes à l'issue de cette période compliquée
Philippe Meirieu : Vous avez raison il est temps que les vacances arrivent et qu'on puisse retrouver un équilibre de vie. Nous voyons à travers certaines études que, quand même, beaucoup d'enfants en Ont été sinon traumatisés, du moins bousculés par cette crise sanitaire et par les conditions de la scolarité. Cette année, je pense que pour reprendre l'année prochaine dans de bonnes conditions, il faut qu'ils passent de belles vacances.
C'est quoi des belles vacances ? Ne rien faire en juillet et en août ? Ou au contraire, essayer de rattraper le retard scolaire et garder un pied dans l'éducation ?
C'est un peu difficile. C'est à la fois tout cela. Ce que nous savons aujourd'hui, c'est qu'il y a un lien très fort entre l'équilibre psychique et les apprentissages cognitifs. Quelqu'un qui est en déséquilibre psychique et qui est un peu inquiet, traumatisé, angoissé aura du mal à apprendre. Beaucoup d'enfants sont aujourd'hui en déséquilibre psychique. Ils ont vécu une période un peu traumatique pour eux-mêmes et donc il faut retrouver cet équilibre psychique. Un cadre sécurisé, une ambiance relativement sereine et en même temps, dans cet équilibre psychique, il faut entretenir la curiosité, le désir d'apprendre. Il faut lire, il faut discuter, il faut bricoler. Il faut faire des tas de choses qui permettent d'avoir une activité intellectuelle et une activité cognitive qui soit constructive et positive.
Le plus difficile, c'est peut être pour les écoliers qui passent du primaire au collège. Est ce que c'est la transition la plus délicate sur laquelle il faut faire le plus d'attention pour les parents ?
Oui, sans aucun doute. C'est la transition qui marque sans doute la rupture la plus forte. Je crois qu'il faut là aussi proposer aux enfants un cadre serein, sécurisé, leur dire que ce n'est pas la même école, mais c'est une école qu'on va continuer quand même avec les mêmes principes et qu'on va l'accueillir en sixième. Les sixièmes sont en général très bien accueillis. Il faut dire à son enfant qu'on va l'accompagner et qu'il aura auprès de lui des adultes qui vont veiller sur lui. Je crois que les enfants ont vraiment besoin de sentir que les adultes veillent sur eux. Ils ont vécu une période où la mort, les masques, tout cela a pu les inquiéter profondément. Nous avons des études qui montrent que ils ont pris du poids, qu'ils ont perdu un certain nombre de facultés cognitives. Ils ont subi cette crise plus que nous ne le pensons, je pense, et ils ont vraiment besoin d'adultes solides et sereins à leurs côtés.
Il y a une question également importante qui est le décrochage scolaire. Est ce que des retards pourront être rattrapés, selon vous, dans les semaines qui viennent et à partir de la rentrée?
Oui, il faut relativiser cette question. Bien sûr, il y a des retards, mais d'une part, ces retards ont affecté presque tous les élèves. Les écarts ne se sont pas, il faut l'espérer, grands. Les études semblent montrer le contraire, mais je pense que les professeurs seront attentifs à ce que les écarts soient comblés, à ce qu'il y ait un accueil et un accompagnement personnalisé. Je pense qu' il faudra au cours de l'année prochaine, que nos enfants soient bien accompagnés sur le plan de la scolarité et qu'ils aient une année la plus sereine possible dans des conditions qui soient les plus équilibrées possible.
Philippe Meirieu, quelles leçons enseignements tirez-vous de ces mois de crise dans les classes?
Le fait que nous n'avons peut être pas suffisamment anticipé sur la durée que nous avons probablement géré trop au coup par coup pour les enfants, le coup par coup était quelque chose de difficile à vivre. Par rapport à cela, nous avons sans doute besoin, nous autres adultes, que nous soyons parents, que nous soyons administrateurs de l'Education nationale, professeurs, de nous projeter un peu plus loin, de lisser les choses d'une manière un peu plus grande pour éviter de soumettre nos enfants à des à-coups qui les déstabilisant quand même beaucoup.
www.radiofrance.fr/franceinter/il-faut-lire-discut…
1 month ago | [YT] | 39
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Philippe Meirieu
# Philippe Meirieu : « J’invite à ne jamais s’adresser à l’IA comme à quelqu’un »
Pédagogue et professeur émérite en sciences de l’éducation, Philippe Meirieu considère l’intelligence artificielle comme un défi majeur pour l’école, mais aussi comme une occasion de repenser l’évaluation, la relation pédagogique et la place de la réflexion.
## L’IA constitue-t-elle une révolution pour l’école ?
**Philippe Meirieu. —** Il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’IA représente incontestablement un défi de premier ordre. Les élèves et les étudiants se sont massivement emparés de ces outils. Et si le métier de professeur reste centré sur la distribution de connaissances et la correction d’exercices, il risque de devenir rapidement obsolète face à une machine capable d’accomplir ces tâches efficacement.
## Pour quelles tâches l’IA est-elle utile ?
Les IA génératives peuvent fournir rapidement des informations, produire des textes, aider un professeur à préparer un cours ou un élève à élaborer un exposé. Elles peuvent également servir à rédiger un brouillon, résumer ou corriger un texte.
Mais la question essentielle est celle de la posture de l’utilisateur : **utilise-t-il l’IA comme une aide ou pour se substituer à lui-même ?** Se contente-t-il de ce qu’elle produit ou se l’approprie-t-il dans une démarche personnelle ?
Il faut aussi continuer à se demander ce que seul l’humain peut faire. C’est pourquoi j’invite les enseignants à apprendre aux élèves à **ne jamais s’adresser à l’IA comme à quelqu’un** et à éviter l’illusion d’un véritable dialogue qui nous ferait oublier la réalité de la machine.
## Quels sont les dangers de l’IA à l’école ?
La crainte principale des enseignants est l’industrialisation de la fraude. Mais cette situation peut aussi nous obliger à repenser nos pratiques.
L’égalité des élèves devant le travail personnel était déjà largement illusoire : certains disposent de ressources familiales, culturelles et matérielles beaucoup plus importantes que d’autres. On pourrait donc parler, non sans malice, d’une **« démocratisation de la fraude »**.
L’IA peut surtout conduire à imaginer d’autres formes d’évaluation, davantage centrées sur la démarche que sur le résultat, valorisant la créativité et donnant une place plus importante à l’oral.
## Gagner du temps, mais pour en faire quoi ?
Si l’IA permet de libérer du temps pour la réflexion individuelle et collective, c’est positif. Mais si elle sert à se débarrasser du travail de réflexion, cela devient inquiétant.
Nous vivons dans une société dominée par l’immédiateté, où les réseaux sociaux captent sans cesse notre attention et nous poussent à accélérer.
Dans ces conditions, **l’école doit être un espace de décélération** : un lieu où l’on apprend à différer l’impulsion, à dépasser les clichés et à rechercher la précision, la justesse et la vérité.
Il ne s’agit donc pas de renoncer à l’IA, mais de l’utiliser dans un temps long qui laisse une véritable place à la réflexion.
## Quelle place conserver à l’effort ?
Les enfants veulent souvent savoir, et si possible savoir sans apprendre. Pourtant, apprendre demande du temps et des efforts : il faut essayer, se tromper, recommencer.
Cela renvoie à la dialectique **frustration/promesse**. L’enfant doit accepter de renoncer à certaines satisfactions immédiates s’il comprend que cet effort lui permettra d’accéder plus tard à quelque chose de plus important.
Or ce rapport est aujourd’hui en crise. Beaucoup d’élèves ont du mal à différer leur satisfaction et donc à accepter l’effort, parce qu’ils ne voient plus clairement la promesse qui se trouve au bout du chemin.
## Que peut apporter le professeur que l’IA ne peut pas transmettre ?
La relation pédagogique permet d’abord la **découverte du plaisir d’apprendre**.
Le professeur doit entretenir lui-même un rapport vivant aux savoirs. S’il continue à s’interroger — *Ai-je la bonne explication ? le mot juste ? le bon exemple ?* — il transmet à l’élève un rapport dynamique au savoir.
C’est ici qu’apparaît une différence fondamentale : **l’IA est un service ; l’école est une institution.**
L’école repose sur des valeurs d’émancipation et de solidarité. La relation pédagogique n’est pas une relation commerciale où il faudrait simplement satisfaire l’élève. Le rôle de l’enseignant est aussi de l’aider à se poser des questions pertinentes et à aller toujours plus loin dans l’interrogation.
Il ne s’agit donc pas seulement de transmettre des informations, mais d’apprendre aux élèves à rechercher la précision, la justesse et la vérité afin de **penser par eux-mêmes**.
## Pourquoi préserver l’apprentissage collectif ?
L’un des risques de l’IA serait de séparer la transmission des savoirs de la socialisation.
Certains imaginent un enseignement entièrement individualisé, adapté aux besoins, au profil cognitif et au rythme de chaque élève. Cette vision me paraît dangereuse.
Les savoirs acquis individuellement devant une machine ne sont pas identiques à ceux que l’on construit dans une classe par les explications, les objections et les interactions avec les autres.
Socialisés, les savoirs deviennent un **« commun »** : ils relient les générations, permettent la confrontation des points de vue et contribuent à « faire société ».
La langue, l’écriture ou la littérature ne se réduisent pas à des compétences individuelles. Elles permettent de structurer sa pensée, de se confronter aux autres et d’entrer dans une culture commune.
L’éducation reste donc fondamentalement une rencontre entre des êtres humains qui peuvent être transformés par les autres et par les savoirs qu’ils découvrent.
## L’IA peut-elle conduire à une école sans professeurs ?
C’est une vieille utopie, ou plutôt une terrible dystopie. De *1984* d’Orwell au *Meilleur des Mondes* d’Huxley, la littérature a souvent imaginé des sociétés parfaitement organisées où les individus sont façonnés pour correspondre à ce que l’on attend d’eux.
Une telle recherche de perfection est incompatible avec la liberté et l’idéal démocratique.
Cela ne signifie pas que tous les promoteurs de l’IA souhaitent une société à la Big Brother. Mais il faut rester attentif au risque d’une **« société du contrôle »**.
Il ne s’agit ni de refuser la technologie ni de sombrer dans le fatalisme. Les éducateurs doivent comprendre lucidement les enjeux de l’intelligence artificielle et y répondre **collectivement et solidairement**.
1 month ago | [YT] | 44
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Philippe Meirieu
Apprendre avec plaisir : la philosophie éducative de Philippe Meirieu
L’enseignement et l’apprentissage constituent une question centrale dans plusieurs domaines : philosophie, psychologie, pédagogie et didactique. Malgré l’abondance des recherches, la question reste ouverte. Philippe Meirieu est l’un des pédagogues contemporains qui lui ont accordé une attention particulière.
Dans Apprendre… oui, mais comment ?, Meirieu propose une analyse de l’apprentissage centrée sur une idée essentielle : la mission de l’école est de permettre la réussite de l’éducation. Le travail de l’enseignant consiste notamment à organiser des situations permettant une véritable interaction entre l’apprenant et les savoirs, afin que l’apprentissage prenne sens.
Cette réflexion peut être comprise comme une véritable « philosophie de l’apprentissage », organisée autour de trois dimensions : le désir d’apprendre, le plaisir d’enseigner et le plaisir d’apprendre tout au long de la vie.
1. Le désir d’apprendre
Pour Meirieu, aucun apprentissage véritable ne peut avoir lieu sans l’engagement de l’apprenant. Le désir d’apprendre ouvre la voie au plaisir d’apprendre et nourrit ce que l’on pourrait appeler « l’appétit de savoir ».
Or, l’un des grands paradoxes de l’éducation est que l’enseignant peut préparer soigneusement ses cours, respecter les programmes, maîtriser ses connaissances et chercher à motiver ses élèves sans jamais pouvoir garantir qu’ils auront envie d’apprendre.
L’élève reste un acteur essentiel de son propre apprentissage. Personne ne peut apprendre à sa place ni décider à sa place de s’engager dans les savoirs.
C’est précisément là que commence la pédagogie : comment faire naître le désir d’apprendre ? Comment aider l’élève à s’engager dans l’effort nécessaire pour comprendre ? Comment le mobiliser sans le contraindre ? Comment lui transmettre une relation exigeante mais vivante avec les savoirs ?
L’enjeu est finalement de faire naître chez l’apprenant cette joie particulière : la joie de comprendre et de penser, une joie susceptible de nourrir durablement son désir de connaître.
2. Le plaisir d’enseigner
Pour Meirieu, l’enseignant ne transmet pas uniquement des connaissances : il transmet également une relation au savoir.
Un élève qui ne rencontre jamais un enseignant capable d’incarner le plaisir d’apprendre risque de percevoir les exigences scolaires uniquement comme des contraintes. Pour donner envie d’apprendre, l’enseignant doit donc lui-même montrer que le savoir peut être une aventure intellectuelle.
En enseignant, il continue lui aussi à apprendre. Il explore les connaissances, les questionne et partage avec ses élèves la joie de comprendre.
Le métier d’enseignant possède ainsi une particularité : même lorsqu’il maîtrise les savoirs, l’enseignant doit être capable de se placer du point de vue de celui qui apprend. Il doit construire des situations dans lesquelles l’élève peut chercher, expérimenter, découvrir et créer.
L’objectif n’est donc pas seulement de transmettre des réponses, mais de permettre à l’élève de développer une pensée capable d’explorer de nouveaux horizons.
Le plaisir d’enseigner rencontre alors le plaisir d’apprendre : la joie intellectuelle de l’enseignant peut devenir une invitation pour l’élève à entrer dans le monde des savoirs.
3. Le plaisir d’apprendre tout au long de la vie
Découvrir le plaisir d’apprendre constitue, selon cette perspective, l’un des objectifs fondamentaux de l’éducation.
Apprendre permet de développer la pensée, et la pensée permet à l’individu de construire sa liberté, de rechercher la vérité et de mieux comprendre le monde.
Mais créer ce plaisir exige certaines conditions : des programmes porteurs de sens, des évaluations adaptées et des méthodes pédagogiques capables d’impliquer réellement les apprenants.
Cette conception peut être résumée par quelques principes essentiels :
Tout enfant peut apprendre et grandir.
Personne ne peut apprendre à sa place.
L’éducateur doit construire des situations permettant à l’enfant de s’engager et de découvrir le plaisir d’apprendre.
L’apprentissage ne doit d’ailleurs pas s’arrêter aux portes de l’école. Il doit accompagner l’individu dans sa vie personnelle, sociale et professionnelle. Apprendre doit devenir une activité de toute une vie.
Une philosophie du plaisir d’apprendre
La pensée de Philippe Meirieu peut ainsi être considérée comme une véritable philosophie de l’apprentissage centrée sur une question fondamentale : comment donner envie d’apprendre ?
Les notions de désir, de plaisir, de joie et de goût occupent une place importante dans cette conception. Elles rappellent que l’élève ne doit pas être considéré comme un simple récepteur de connaissances, mais comme un sujet actif.
Pour Meirieu, il ne suffit donc pas de multiplier les théories pédagogiques. Il faut créer des situations concrètes permettant aux élèves de chercher, comprendre, découvrir et créer.
Cela exige également des enseignants capables de développer continuellement leurs compétences professionnelles et de construire une relation pédagogique respectueuse de l’apprenant.
Enfin, la question du sens demeure essentielle. Pourquoi apprendre ? Si l’apprentissage n’est présenté que comme un moyen de réussir socialement, le désir risque de disparaître.
Nous apprenons aussi pour élargir notre vision du monde, mieux comprendre les autres, prendre de la distance par rapport à nous-mêmes et nous construire comme sujets.
Nous n’apprenons pas seulement pour réussir. Nous apprenons aussi pour devenir.
Abderrazak Tijani — Chercheur en sciences de l’éducation
1 month ago (edited) | [YT] | 38
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