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GAHUNDE Chaste

RDC–Rwanda : quand Tito Rutaremara appelle les Banyamulenge à conquérir le Congo par les armes.

Dans une intervention en kinyarwanda diffusée sur YouTube, Tito Rutaremara, figure historique du FPR, appelle les Banyamulenge vivant au Rwanda à compter sur la force militaire pour imposer leurs droits en République démocratique du Congo. Prononcés à l’occasion de la commémoration du massacre de Gatumba de 2004, ces propos interviennent paradoxalement au moment où les efforts diplomatiques régionaux mettent l’accent sur le désarmement des groupes armés, notamment les FDLR.

« Libérez le Katanga, Mbuji-Mayi et Kinshasa »
Dans un contexte toujours fragile entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, les déclarations de Tito Rutaremara ne peuvent passer inaperçues. S’adressant à des Banyamulenge vivant au Rwanda, il ne se limite pas à défendre leur sécurité ou leurs droits en RDC. Il leur présente la conquête militaire comme une voie permettant d’imposer leur liberté.

Rutaremara les encourage ainsi à aller jusqu’au Katanga, à Mbuji-Mayi et à Kinshasa. Son raisonnement consiste à soutenir qu’une communauté victorieuse militairement se place ensuite dans une position lui permettant de faire reconnaître ses souffrances et ses droits.

Pour étayer cette thèse, il prend directement l’exemple du FPR et de sa victoire militaire de 1994. Selon lui, si le génocide contre les Tutsi est aujourd’hui internationalement reconnu et ses responsables poursuivis, c’est notamment parce que le FPR a gagné la guerre. Sans cette victoire, affirme-t-il en substance, cette reconnaissance n’aurait probablement pas été la même.

Il évoque également les Palestiniens et l’action engagée par l’Afrique du Sud devant la justice internationale concernant Gaza. Sur ce point, une précision s’impose : l’Afrique du Sud a effectivement saisi la Cour internationale de Justice sur le fondement de la Convention sur le génocide, mais la Cour n’a pas encore rendu de jugement définitif établissant qu’un génocide a été commis.


Au-delà de cette comparaison, c’est donc surtout le principe défendu qui interpelle : la victoire militaire serait susceptible de précéder et de favoriser la reconnaissance politique et internationale des souffrances d’un peuple ou d’une communauté.

Une déclaration prononcée dans le contexte symbolique de Gatumba
La date et les circonstances donnent une dimension supplémentaire à ces déclarations. Rutaremara s’exprime à l’occasion de la commémoration du massacre de Gatumba du 13 août 2004, au Burundi, qui avait fait plus de 150 morts parmi des réfugiés congolais, majoritairement banyamulenge.

Vingt-deux ans après cette tragédie qui a profondément marqué cette communauté, une commémoration constitue normalement un moment de mémoire, de justice et de prévention de nouvelles violences. Or c’est précisément dans ce contexte que Rutaremara présente la force militaire comme un moyen permettant aux Banyamulenge de garantir leur avenir.

Cette intervention survient également à un moment où la communauté internationale encourage les initiatives destinées à résoudre la question des FDLR, considérée depuis des années comme l’un des principaux dossiers sécuritaires entre Kigali et Kinshasa.

La RDC a notamment engagé une démarche de désarmement et de cantonnement à travers un protocole conclu avec les FDLR. Kigali a initialement accueilli cette initiative avec méfiance et critiques. Le Rwanda s’est cependant déclaré satisfait, à Genève et en présence notamment des États-Unis, des avancées enregistrées dans le traitement de la question des FDLR.

Le contraste mérite donc d’être relevé : au moment où les mécanismes internationaux cherchent à obtenir le désarmement d’un groupe armé, une figure historique du FPR encourage parallèlement des Banyamulenge à envisager les armes comme moyen de conquérir leur liberté en RDC.

Le Burundi également mis en cause

Rutaremara porte par ailleurs de graves accusations contre des responsables burundais, qu’il associe à des crimes commis au Rwanda et évoque notamment Gatsibo, Kigali et Huye.

Il revient aussi sur les Burundais accusés d’avoir participé à la tentative de coup d’État de 2015 avant de trouver refuge au Rwanda. Il justifie en substance le refus de Kigali de remettre certains d’entre eux à Bujumbura par une logique de réciprocité : le Burundi aurait lui-même refusé de livrer au Rwanda des personnes que Kigali considère comme impliquées dans le génocide.

De telles accusations devraient néanmoins être appréciées avec prudence : la responsabilité pour des crimes internationaux est individuelle et doit être établie sur la base de preuves et de procédures judiciaires.

Kigali peut-il considérer ces propos comme une simple opinion ?
Tito Rutaremara n’est pas un acteur politique ordinaire. Figure historique du Front patriotique rwandais, il a occupé d’importantes responsabilités au sein du mouvement puis de l’État rwandais. Son parcours confère nécessairement une portée politique particulière à ses déclarations, même si celles-ci ne peuvent être automatiquement assimilées à une position officielle du gouvernement rwandais.

C’est précisément pourquoi une clarification de Kigali apparaît nécessaire.

Le gouvernement rwandais partage-t-il cette conception selon laquelle les Banyamulenge devraient prendre les armes pour conquérir des territoires congolais ? Considère-t-il au contraire ces déclarations comme une opinion strictement personnelle ? Et comment concilier un tel discours avec les engagements régionaux et internationaux visant à privilégier le désarmement et les solutions politiques ?

Sur le plan juridique, il faut également éviter les raccourcis. Un discours appelant à prendre les armes n’est pas automatiquement, par sa seule existence, un crime international relevant de la Cour pénale internationale. Sa qualification dépend du contenu précis des propos, de leur contexte, de l’intention de leur auteur et, éventuellement, de leur lien avec des actes concrets.


En revanche, le droit africain impose des obligations particulières concernant les réfugiés. La Convention de l’OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique prévoit que les réfugiés doivent s’abstenir de toute activité subversive dirigée contre un État membre. Elle impose également aux États de prévenir les activités susceptibles de provoquer des tensions entre États, notamment lorsqu’elles impliquent l’usage des armes.

Il existe donc une différence fondamentale entre défendre les droits des Banyamulenge et appeler à une conquête militaire de la RDC.

Une contradiction qui exige des explications
Les Banyamulenge ont droit, comme tous les citoyens congolais, à la sécurité, à l’égalité devant la loi et à la protection contre les persécutions. Le massacre de Gatumba rappelle tragiquement la nécessité de garantir effectivement cette protection. Mais transformer cette mémoire en justification d’une nouvelle logique de conquête militaire serait extrêmement dangereux pour toute la région des Grands Lacs.

Au moment où la RDC, les États-Unis et d’autres partenaires internationaux cherchent précisément à remplacer la logique des armes par celle du désarmement, du dialogue et des accords politiques, les déclarations de Tito Rutaremara apparaissent à contre-courant.

La justice et la reconnaissance des victimes ne peuvent dépendre de celui qui gagne la guerre.

Kinshasa est donc fondé à demander des explications à Kigali. Le Burundi peut également demander des clarifications sur les accusations formulées contre ses responsables. Et une question demeure : les déclarations de Tito Rutaremara traduisent-elles une conception de la résolution des conflits encore présente dans certains cercles du pouvoir rwandais ?

1 week ago | [YT] | 33

GAHUNDE Chaste

Rwanda : la guerre contre les alcools forts, entre santé publique, improvisation et atteintes aux droits

Fermetures d’usines, interdictions successives, destruction de produits et exposition médiatique de suspects : l’offensive contre les boissons alcoolisées soulève des interrogations sanitaires, juridiques et économiques. Elle intervient en outre dans une période où le président Paul Kagame est absent de la scène publique nationale.

Le Rwanda connaît depuis plusieurs semaines une offensive spectaculaire contre certaines boissons alcoolisées. Des produits ont été interdits ou retirés du marché, des unités de production fermées et des personnes soupçonnées d’infractions présentées devant les médias.

La justification sanitaire mérite d’être prise au sérieux. Selon les chiffres du ministère de la Santé cités par la Police nationale rwandaise lors du lancement de la campagne près de 50 décès auraient été enregistrés entre janvier et juin 2026 à la suite de la consommation de boissons contenant des substances toxiques.

L’État a donc le devoir d’agir lorsque des produits représentent effectivement un danger. Mais la légitimité de l’objectif sanitaire n’exonère pas les pouvoirs publics de leurs obligations de transparence, de proportionnalité et de respect des droits.

1. Des fermetures massives, mais où est le rapport d’inspection ?
La première interrogation concerne la base scientifique des décisions prises.

Lorsqu’une boisson est déclarée dangereuse, les autorités devraient pouvoir préciser la nature du danger : présence de méthanol, contamination microbiologique, utilisation d’une substance interdite, concentration non conforme, défaut du procédé de fabrication ou violation d’une norme déterminée.

Or, dans les informations officielles rendues accessibles au public, il reste difficile d’identifier un rapport général d’inspection détaillant, entreprise par entreprise et produit par produit, les résultats de laboratoire ayant conduit aux mesures les plus radicales.


La question est d’autant plus importante que le Rwanda possède déjà des normes concernant différentes catégories de boissons alcoolisées : Ikigage à base de sorgho, Urwagwa issue de la banane, liqueurs, gin, vodka, whisky, rhum et autres spiritueux.

Dès lors, il faut répondre à une question simple : quelles normes précises chaque entreprise fermée aurait-elle violées et quelles analyses scientifiques l’établissent ?

Sans publication de ces éléments, le doute perdure quant aux véritables raisons de ces décisions.

2. Du vin de banane et de la bière de sorgho aux distilleries : une politique de tâtonnement ?
La chronologie des mesures constitue la deuxième interrogation.

Les premières décisions ont notamment concerné des boissons produites localement, dont certaines boissons à base de fruits (banane) ou de céréales (sorgho). Puis l’offensive s’est considérablement élargie, jusqu’à toucher un grand nombre d’unités produisant des boissons distillées.

Cette succession donne l’impression d’une politique élaborée par étapes plutôt que d’une réforme sanitaire globale préparée, publiée et assortie d’un calendrier clair de mise en conformité. Cette impression est renforcée par l’évolution simultanée des normes elles-mêmes. Certaines normes relatives aux boissons alcoolisées ont récemment encore fait l’objet de révisions ou de consultations.

Une méthode plus prévisible aurait consisté à établir d’abord une cartographie des producteurs, procéder à des inspections systématiques, effectuer des prélèvements, publier les principales conclusions scientifiques, notifier les non-conformités et accorder, sauf danger immédiat, un délai de mise en conformité.


La fermeture devrait constituer la conséquence d’une procédure transparente, et non remplacer cette procédure.

La même interrogation concerne les importations. Si le problème est la forte concentration d’alcool, pourquoi les critères ne seraient-ils pas identiques pour les alcools produits au Rwanda et les spiritueux importés ? Si le véritable problème est plutôt la toxicité ou la non-conformité sanitaire, il faut alors le dire clairement et produire les analyses correspondantes.

Une distinction fondamentale doit être maintenue : un alcool fort n’est pas nécessairement un alcool toxique ; un alcool toxique n’est pas nécessairement un alcool fort.

3. Présenter les suspects aux médias : qu’en est-il de la présomption d’innocence ?
La manière dont certaines personnes soupçonnées sont exposées publiquement pose une autre question.

Lorsque le Rwanda Investigation Bureau (RIB) présente devant les médias des personnes interpellées , le risque est évident : l’image peut donner au public l’impression que leur culpabilité est déjà établie. Or, une personne arrêtée ou interrogée demeure un suspect tant qu’elle n’a pas été condamnée conformément à la loi. L’enquête appartient au RIB ; le jugement de culpabilité appartient à la justice.

La communication publique des institutions chargées des enquêtes devrait donc préserver cette frontière. Autrement, la sanction médiatique peut précéder le procès et devenir pratiquement irréversible, même en cas d’acquittement ultérieur.

Les destructions de marchandises soulèvent parallèlement la question du droit de propriété et des voies de recours. Avant qu’un stock représentant parfois un investissement considérable ne soit détruit, il importe de savoir si son propriétaire peut contester les analyses, demander une contre-expertise ou saisir une juridiction.


4. Des usines fermées : quel coût pour l’économie rwandaise ?
Cette campagne possède également une dimension économique qui ne peut être ignorée.

Une usine n’est pas uniquement son propriétaire. Derrière elle se trouvent des salariés, leurs familles, des fournisseurs de matières premières, des transporteurs, des distributeurs, des commerces et des contribuables. La fermeture simultanée d’un grand nombre d’unités peut donc provoquer un effet en cascade.

Des emplois directs peuvent disparaître. Des agriculteurs peuvent perdre des débouchés. Des distributeurs peuvent perdre une partie de leur activité. L’État lui-même peut perdre des recettes provenant des taxes, des droits d’accise et de l’impôt sur les entreprises et les salariés.

Il faudrait donc publier une véritable étude d’impact économique : combien d’emplois sont concernés ? Quel est le montant des investissements immobilisés ? Combien d’entreprises peuvent se mettre en conformité et reprendre leur activité ? Quel sera l’impact sur les recettes fiscales ?

Il existe aussi un risque souvent observé lorsqu’une demande persiste malgré l’interdiction : le développement du marché clandestin.

Si les consommateurs continuent à rechercher des alcools forts, la disparition de producteurs officiellement enregistrés peut déplacer une partie de la production vers des circuits informels beaucoup plus difficiles à contrôler. Une politique conçue pour protéger la santé publique pourrait alors, paradoxalement, favoriser des boissons fabriquées sans aucune surveillance sanitaire.

L’enjeu devrait donc être autant la mise en conformité que la répression.

5. Une campagne qui intervient pendant l’absence du président Kagame

Un autre élément du contexte politique mérite enfin d’être relevé avec prudence.

Cette succession rapide de décisions intervient alors que le président Paul Kagame est absent de la scène publique nationale. Cette concomitance soulève une question institutionnelle intéressante : qui impulse et coordonne concrètement cette politique ?

Dans un système politique où le chef de l’État occupe traditionnellement une position centrale dans les grandes orientations publiques, l’enchaînement de décisions aussi importantes pendant son absence mérite d’être observé.

S’agit-il de l’application d’une politique arrêtée antérieurement par la présidence ? D’une initiative coordonnée du gouvernement et des institutions sanitaires ? Ou certaines administrations disposent-elles désormais d’une marge d’action plus importante ?

Ces questions sont d’autant plus pertinentes que les décisions concernent simultanément la santé publique, l’industrie, le commerce, les importations, la fiscalité et les enquêtes pénales.

L’absence présidentielle constitue un élément de contexte qui rend encore plus nécessaire l’identification claire de l’autorité politique qui décide, de la base juridique utilisée et de la chaîne de responsabilité.

Une politique sanitaire ou un problème plus large de gouvernance ?
Le véritable débat n’est finalement pas de savoir s’il faut défendre l’alcool. Personne ne peut raisonnablement contester le devoir de l’État de retirer du marché une boisson contenant du méthanol ou toute autre substance susceptible de tuer ou de provoquer des lésions graves. La question est plutôt de savoir comment un État doit exercer ce pouvoir.

Une politique sanitaire solide devrait pouvoir présenter les normes applicables, les résultats des inspections, les analyses scientifiques, les critères de fermeture, les possibilités de contre-expertise, les procédures de recours et l’évaluation des conséquences économiques.


Elle devrait également appliquer des critères cohérents aux producteurs nationaux comme aux produits importés et préserver la présomption d’innocence des personnes poursuivies.

À défaut, une campagne initialement présentée comme une opération de santé publique risque d’être perçue comme une succession de décisions improvisées dont les conséquences dépassent largement la lutte contre l’alcool. Le Rwanda peut parfaitement lutter contre les boissons dangereuses. Mais la protection de la santé publique ne devrait pas se faire au détriment de la sécurité juridique, des droits fondamentaux et de la prévisibilité économique.

Au fond, la question posée par cette affaire dépasse les bouteilles saisies et les usines fermées : qui décide, sur quelles preuves, selon quelles règles, avec quels recours et sous quelle responsabilité ?

GAHUNDE Chaste

12/08/2026

1 week ago | [YT] | 10

GAHUNDE Chaste

Rwanda : 21/100, derrière la vitrine du “modèle Kagame”, un pays toujours “Not Free”

Dans son rapport 2026, Freedom House maintient le Rwanda parmi les pays « Not Free », avec seulement 21/100 et des notes nulles sur plusieurs piliers de la démocratie : alternance politique, liberté de la presse, expression citoyenne et indépendance de la justice.

Le Rwanda continue de projeter sur la scène internationale l’image d’un pays stable, sécurisé, moderne et économiquement performant. Pourtant, derrière cette vitrine, les évaluations portant sur les libertés politiques dressent un tableau beaucoup moins favorable. Dans son rapport Freedom in the World 2026, Freedom House classe une nouvelle fois le Rwanda parmi les pays « Not Free », c’est-à-dire « non libres », avec un score de seulement 21 points sur 100.

Dans le détail, le pays obtient 7 points sur 40 pour les droits politiques et 14 sur 60 pour les libertés civiles. Son score reste identique à celui de 2025, ce qui montre que le problème ne relève pas d’une dégradation passagère, mais d’une situation qui s’inscrit dans la durée. Freedom House reconnaît d’ailleurs la stabilité et la croissance économique du Rwanda, tout en affirmant que le gouvernement continue de réprimer la dissidence politique, notamment par la surveillance, l’intimidation, les détentions arbitraires et la torture. L’organisation évoque également des transferts forcés ou assassinats présumés de dissidents vivant à l’étranger.

La question électorale constitue l’un des points les plus préoccupants du rapport. Freedom House attribue au Rwanda zéro sur quatre lorsqu’elle évalue si la principale autorité nationale a été choisie à travers des élections libres et équitables. Le pays obtient également zéro sur quatre concernant la possibilité réaliste pour l’opposition d’accroître son soutien ou d’accéder au pouvoir par les élections. Ces conclusions prennent une dimension particulière après la présidentielle de juillet 2024, officiellement remportée par Paul Kagame avec plus de 99 % des suffrages.

Or une démocratie ne se définit pas simplement par l’organisation régulière d’élections. Encore faut-il que l’opposition puisse présenter ses candidats, accéder aux médias, organiser ses activités, critiquer librement le pouvoir et disposer d’une véritable possibilité d’alternance. Sans ces conditions, les élections risquent davantage de confirmer le pouvoir existant que d’offrir aux citoyens un véritable choix politique.


Le constat est tout aussi sévère concernant les libertés publiques. Freedom House attribue zéro sur quatre à la liberté et à l’indépendance des médias, zéro sur quatre à la possibilité pour les citoyens d’exprimer leurs opinions sur des sujets politiques sensibles sans craindre surveillance ou représailles, et zéro également à la liberté de réunion. Même l’espace numérique est concerné puisque le Rwanda demeure classé « Not Free » en matière de liberté sur Internet.

Ces indicateurs permettent de comprendre ce que recouvre concrètement la qualification de pays « non libre ». La démocratie ne s’exerce pas uniquement le jour des élections. Elle existe lorsque les journalistes peuvent enquêter, lorsque les citoyens peuvent critiquer leurs dirigeants, lorsque les associations peuvent interpeller le gouvernement et lorsque les opposants peuvent proposer une alternative sans craindre pour leur liberté.

La justice constitue un autre point particulièrement sensible. Freedom House attribue zéro sur quatre à l’indépendance judiciaire. Cette appréciation est lourde de conséquences, car une justice indépendante représente l’un des principaux remparts du citoyen contre l’arbitraire. Le rapport nuance également l’image d’une gouvernance exemplaire en n’accordant qu’un point sur quatre aux garanties contre la corruption officielle, ainsi qu’un point sur quatre à la transparence du fonctionnement gouvernemental.

C’est finalement tout le paradoxe du « modèle rwandais » qui apparaît. Le pays peut mettre en avant ses infrastructures, la propreté de Kigali, sa sécurité, la modernisation de l’administration ou ses performances économiques. Ces réalisations peuvent être reconnues lorsqu’elles sont établies, mais elles ne peuvent se substituer aux libertés fondamentales. Un pays peut être stable sans être démocratique, économiquement performant tout en limitant la liberté de la presse, et organiser des élections sans rendre l’alternance réellement possible.

Plus de trois décennies après l’arrivée du Front patriotique rwandais au pouvoir, le rapport 2026 rappelle donc une réalité difficile à concilier avec l’image internationale du « modèle rwandais ». Avec 21/100, zéro pour une élection présidentielle libre et équitable, zéro pour une possibilité réelle d’alternance, zéro pour la liberté des médias, zéro pour l’expression politique sans peur et zéro pour l’indépendance de la justice, le Rwanda demeure profondément mal classé sur les critères fondamentaux de la démocratie.


La stabilité et le développement constituent des acquis importants pour un pays. Mais ils ne sauraient remplacer le pluralisme, l’État de droit et la liberté des citoyens de choisir, de critiquer et, lorsqu’ils le souhaitent, de changer leurs dirigeants.

En 2026, le constat de Freedom House reste donc sans ambiguïté : le Rwanda est, encore une fois, « Not Free ».

2 weeks ago | [YT] | 48

GAHUNDE Chaste

Rwanda : 124 millions de francs pour influencer l’opinion — l’étrange armée numérique du pouvoir.


Une enquête intitulée The influence operation we aren’t supposed to know about, réalisée par Michela Wrong et James O’Kong’o, apporte des éléments troublants sur l’existence d’un dispositif organisé d’influence sur les réseaux sociaux au Rwanda. Selon les auteurs, une erreur administrative aurait rendu accessible un tableur Google détaillant les noms, numéros de téléphone, comptes X, équipements et budgets concernant neuf opérateurs numériques financés par l’État.

Le document, créé en janvier 2024, intervient dans un contexte de pressions internationales croissantes sur Kigali concernant son soutien présumé au M23 dans l’est de la RDC. Les journalistes disent avoir analysé environ 60 000 publications sur X, en anglais, français, kinyarwanda et kiswahili.

Selon leur analyse, plusieurs méthodes se dégagent : contester les accusations visant Kigali, mettre en cause la crédibilité de ses détracteurs, amplifier les documents officiels et introduire des contre-récits favorables aux positions gouvernementales.

Plus de 124 millions de francs rwandais

Le document reproduit dans l’enquête fait apparaître un budget total de 124 124 000 francs rwandais, soit environ 85 610 dollars selon la conversion utilisée dans l’article. L’équipe serait rattachée au Bureau du porte-parole du gouvernement (OGS), dirigé par Yolande Makolo.

Les dépenses mentionnées comprennent téléphones, ordinateurs, communications, connexion internet et rémunérations. Certains salaires mensuels atteindraient 750 000 à 900 000 francs rwandais.

L’enquête décrit également une organisation structurée dans laquelle sont préparés messages, hashtags, photographies et vidéos destinés à être amplifiés par différents réseaux. Certains participants seraient également mobilisés pour signaler des comptes critiques auprès des modérateurs de X.

Yolande Makolo : le démenti qui ne vient pas

La réaction de Yolande Makolo constitue un élément important.Réagissant sur X à la publication de Michela Wrong, la porte-parole du gouvernement ne nie pas explicitement l’authenticité du tableur, l’existence de l’équipe, les rémunérations ou le budget publié. Elle choisit plutôt d’attaquer l’interprétation de l’enquête et de défendre le droit des Rwandais à exprimer leurs opinions politiques.

Elle écrit notamment : « Africans are political, Rwandans can talk back », affirmant que l’enquête constituerait une tentative de contrôler les voix rwandaises.

Mais cet argument ne répond pas exactement à la question posée. Personne ne conteste le droit des Rwandais de défendre leur gouvernement. La question est de savoir si des personnes apparaissant comme des citoyens indépendants sont rémunérées ou coordonnées avec des ressources publiques pour amplifier les positions du pouvoir.

Face à des accusations aussi détaillées, le choix de défendre l’activité numérique plutôt que de déclarer les documents faux peut être considéré comme un élément de corroboration indirecte.

Faire croire à un soutien populaire ?


Le problème devient plus sérieux si ces réseaux donnent l’apparence d’un soutien populaire spontané alors qu’une partie de l’activité est organisée ou financée.

Une multiplication de messages favorables au gouvernement ne démontre pas que la majorité de la population partage ces opinions. L’amplification numérique ne doit pas être confondue avec l’opinion publique réelle.

L’enquête porte principalement sur le dossier RDC-M23. Mais on observe que des méthodes similaires sont utilisées dans les autres controverses concernant le gouvernement.

Justice, droits humains, dépenses publiques, gouvernance, opposition politique, liberté d’expression ou encore politique de gestion de l’après-génocide : sur ces questions également, les critiques du pouvoir sont régulièrement confrontées à des campagnes de délégitimation.

Au lieu de répondre aux arguments, certaines voix dissidentes peuvent être présentées comme menteuses, antipatriotiques ou associées à des comportements criminels. Cette méthode permet de déplacer le débat du contenu de la critique vers la personnalité de celui qui critique.

124 millions : et les priorités ?

Reste enfin la question économique.

À l’échelle du budget national, 124 millions de francs rwandais peuvent sembler modestes. Mais dans un pays où une partie importante de la population dispose d’un faible pouvoir d’achat, chaque dépense publique doit pouvoir être justifiée.

Combien l’État consacre-t-il réellement à ces opérations ? Existe-t-il d’autres équipes comparables ? Ces dépenses sont-elles clairement inscrites dans le budget public ? Quels objectifs leur sont assignés ?

La question n’est pas de contester le droit du Rwanda à défendre son image. Tous les gouvernements communiquent. Elle est de déterminer où s’arrête la communication institutionnelle et où commence la manipulation de l’opinion.

Car la réputation d’un pays ne se construit pas uniquement à coups de hashtags. Elle dépend de sa gouvernance, de sa situation économique, de la transparence des institutions et de la liberté laissée aux citoyens de soutenir ou de critiquer leurs dirigeants.

Dans un pays où le pouvoir d’achat reste faible pour beaucoup, les citoyens ont donc le droit de demander : pourquoi consacrer de l’argent public à fabriquer ou amplifier une image favorable au pouvoir, et jusqu’où s’étend réellement ce dispositif ?

3 weeks ago | [YT] | 38

GAHUNDE Chaste

Ndabasuhuke nshuti bakunzi.
Mu kanya turagira ikiganiro ku migendekere y'urubanza Dr RWAMUCYO aregwamo kugira uruhare muri jenoside. Ni ibihe byaha yaburanye? Ni ibihe bimenyetso?
Ni mu kanya guhera 21h30 za Paris.

4 weeks ago | [YT] | 82

GAHUNDE Chaste

Procès du Dr Eugène Rwamucyo : quand le silence médiatique interroge la justice et la démocratie.


Depuis l’ouverture du procès du Dr Eugène Rwamucyo devant la Cour d’assises de Paris, deux procès semblent se dérouler en parallèle. Le premier se tient dans la salle d’audience, où magistrats, jurés, avocats, experts et témoins confrontent leurs arguments conformément aux règles du débat contradictoire. Le second se joue dans l’espace médiatique, où se construit progressivement la perception de l’opinion publique.

Pour de nombreux observateurs présents aux audiences, ces deux réalités ne coïncident pas toujours.

Une couverture médiatique à sens unique ?

Selon plusieurs observateurs, certains médias réputés proches des autorités rwandaises continuent de présenter les audiences sous un angle systématiquement défavorable à la défense, laissant croire que celle-ci serait continuellement mise en difficulté.

L’exemple de l’intervention récente de M. Patrick Mbeko illustre cette différence entre le déroulement des audiences et leur retranscription médiatique. Alors que certains médias, notamment Igihe.com, ont cherché à remettre en cause sa crédibilité, les personnes ayant assisté à son audition retiennent surtout la précision de son exposé et la cohérence de ses analyses. Son intervention a été suffisamment complète pour que les parties civiles indiquent ne plus avoir de questions à lui poser. Patrick Mbeko a rappelé devant la Cour des éléments historiques et géopolitiques qui sont souvent absents du débat public.

Deux génocides, deux contextes historiques

M. Patrick Mbeko a plus particulièrement insisté sur la nécessité de ne pas assimiler le génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda à l’Holocauste. Selon lui, si ces deux crimes constituent des génocides au regard du droit international, ils se sont déroulés dans des contextes historiques, politiques et militaires profondément différents.

Il faut rappeler que le génocide des Tutsis est intervenu dans le contexte de la guerre déclenchée en octobre 1990 par le Front patriotique rwandais, alors principalement composé de réfugiés tutsi servant à l’époque au sein de l’armée ougandaise, contre le gouvernement rwandais. Cette réalité historique est essentielle pour comprendre les événements qui ont conduit au drame de 1994 et ne saurait être ignorée dans l’analyse des faits.

À l’inverse, le génocide des Juifs d’Europe s’est déroulé dans un contexte différent, sans qu’il soit lié à une guerre déclenchée par les populations juives contre l’État qui les a ensuite exterminées. Selon lui, cette différence fondamentale de contexte interdit toute assimilation simpliste entre ces deux tragédies historiques et appelle à une analyse rigoureuse des circonstances propres à chacune.

Des témoignages qui méritent davantage d’attention

Parmi les faits qui ont marqué ce procès depuis le début figure également la situation de deux témoins venus du Rwanda qui ont refusé de maintenir des accusations qu’ils estimaient mensongères.

L’un d’eux a été entendu par la Cour et a déclaré être convaincu de l’innocence du Dr Eugène Rwamucyo et a affirmé :

« S’il y avait vraiment quelque chose contre le Dr Rwamucyo, le régime de Kigali ne nous obligerait pas à porter de faux témoignages. »

Une telle déclaration constitue un élément important de l’appréciation de la crédibilité des témoignages produits dans cette procédure. Pourtant, déplorent plusieurs observateurs, cet épisode a reçu très peu d’écho dans les grands médias.

Le silence des médias français et internationaux

Une autre interrogation demeure.

Alors que plusieurs grands médias français et internationaux avaient largement couvert les procédures judiciaires concernant le Rwanda au cours des deux dernières décennies, leur présence dans ce procès apparaît particulièrement discrète.

Ce silence contraste avec la couverture médiatique dont bénéficiaient auparavant les dossiers présentant essentiellement les éléments de l’accusation. En effet, au moment où les débats mettent en lumière des contradictions, des témoignages inattendus et des éléments susceptibles de fragiliser certaines accusations, l’intérêt médiatique semble s’être considérablement estompé. Cette absence de couverture prive le public d’une vision complète des audiences.

Or, la justice est rendue au nom du peuple français. Les citoyens ont donc le droit d’être informés de manière fidèle, complète et équilibrée afin de comprendre les arguments des différentes parties et d’apprécier eux-mêmes la solidité des preuves discutées devant la Cour.

Pour certains observateurs, en ne couvrant pas un procès qui, pourtant, prend une tournure de plus en plus favorable à la défense, certains médias empêchent le public de se forger librement sa propre opinion quant à l’innocence du Dr Eugène Rwamucyo (ou de sa culpabilité).

Informer ne consiste pas à orienter l’opinion publique, mais à restituer loyalement les débats judiciaires.

Une justice indépendante de toute considération diplomatique

Cette affaire intervient dans un contexte de rapprochement diplomatique entre la France et le Rwanda. Cette réalité conduit certains observateurs à s’interroger sur les influences susceptibles d’entourer ce type de procédure. Sans remettre en cause l’indépendance de la justice française, ils estiment que celle-ci doit demeurer totalement imperméable aux considérations politiques ou diplomatiques. Un procès pénal ne peut avoir qu’un seul fondement : les preuves débattues contradictoirement devant la Cour.

Un enjeu qui dépasse le seul procès

Au-delà des débats judiciaires et des controverses médiatiques, cette affaire soulève une autre interrogation, plus large, qui touche à l’intérêt général.

La France traverse depuis plusieurs années une crise profonde de son système de santé. Les déserts médicaux s’étendent, les délais d’accès aux soins s’allongent et des millions de Français rencontrent des difficultés pour consulter un médecin. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 1,6 million de personnes ont renoncé à des soins, la faible densité médicale constituant un facteur aggravant, notamment pour les populations les plus vulnérables.

Dans ce contexte, il est légitime de se demander pourquoi la France s’en prend à un médecin dont son peuple a besoin, alors que les témoignages contre lui sont remarquablement sans fondement, et sont basés sur ce qui est perçu comme fruits de fabrications pures et simples.

Des questions demeurent

Au terme de ces audiences, des interrogations subsistent.

Le silence observé par une partie de la presse française et internationale de mainstream est-il le prix à payer pour la normalisation des relations entre la France et le Rwanda ?

Et si tel était le cas, ce prix serait-il compatible avec les principes qui fondent un État de droit : une justice indépendante, une information libre et pluraliste, ainsi que le droit des citoyens à connaître l’ensemble des faits afin de se forger leur propre opinion ?

L’Histoire enseigne que la vérité judiciaire ne peut durablement s’accommoder du silence, de la sélection des faits ou d’une information à sens unique. Une démocratie se mesure aussi à sa capacité à garantir le débat contradictoire, la présomption d’innocence et le droit du public à être pleinement informé.


Le 30/06/2026.

1 month ago | [YT] | 37

GAHUNDE Chaste

Ndabasuhuje Bavandimwe bakunzi b'uru rubuga.
Mu kanya guhera saa tatu za Paris, Bruxelles na Kigali, turakurikirana ikiganiro cy'abayobozi b'inteko y'igihugu iharanira Demokarasi mu Rwanda (National Council for Democracy in Rwanda - Conseil National pour la Démocratie in Rwanda ).
Ndabararitse ngo muze dufatanye gusesengura iri huriro rya mbere ryatangiriye Washington DC tariki ya 29/05/2026.

Ni aho mu kanya.

2 months ago (edited) | [YT] | 111

GAHUNDE Chaste

Nshuti Bakunzi bacu, ndabasuhuje.
Ntibishobotse ko dukora ikiganiro kuri uyu mugoroba. Mbiseguyeho.
Tuzakomeza ejo muri Mwaramutseho.
Nyagasani akomeze abe mu ruhande rwacu.

3 months ago | [YT] | 322

GAHUNDE Chaste

Inkuru y'iyicwa rya Aimable KARASIRA yatangajwe n'urwego rucunga amagereza mu Rwanda. Ubutegetsi bwubakiye ku iterabwoba, ubwicanyi no kwikubira ibyiza by'igihugu, busa n'imbwa yamaze kurya umuntu: n'abasigaye irabareba ikababonamo ifunguro. Kwitandukanya na bwo, kubwamagana no kubukuraho ni wo muti.

3 months ago | [YT] | 60

GAHUNDE Chaste

Ndabasuhuje Bavandimwe.
Ntitubashije gukora ikiganiro kuri uyu mugoroba, n'ubwo twari twabyifuje.
Mukomeze mumererwe neza.

3 months ago | [YT] | 93